Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:14

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La solution au chômage des jeunes ne passera pas par le travail gratuit !

Le mardi 24 janvier, le Centre d’analyse stratégique présentait cinq mesures censées favoriser l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. La situation pour les étudiants sortant de l’enseignement supérieur peut se résumer par un simple mot : précarité. En effet, il faut attendre en moyenne 27 ans pour trouver un emploi stable, celui-ci est généralement en-deçà de nos qualifications …

Le moins que l’on puisse dire c’est que la recette qui a amené cette situation est reprise et accentuée : favoriser le travail gratuit pendant les études (stages, apprentissage, professionnalisation selon les besoins des entreprises …), permettre la création de diplômes par les Universités sans aucun cadre national pour casser les droits des travailleurs dans les conventions collectives, présence des présidents d’Université dans les conseils régionaux d’emploi … tout y passe.

La seule réponse est donc : « on continue ce qui ne marche pas et qui plonge les jeunes dans la précarité ». Il ne s’agit pas d’une erreur d’appréciation de la situation mais bien de la poursuite de la soumission des Universités aux besoins des entreprises.

Comble de l’ironie, l’évocation de la possibilité de prendre en compte les périodes de travail des étudiants dans la validation de leur formation, avec cette précision : « il faudra que ces périodes de travail aient un rapport avec les études poursuivies ». Quand on sait que 68% des étudiants ont un emploi qui n’a pas de rapport avec leurs études, il s’agit d’une annonce démagogique et politicienne.

Les étudiants communistes continueront à se battre contre la soumission du service public d’enseignement supérieur aux besoins des entreprises. La solution au chômage des jeunes ne passera pas par le travail gratuit.

Par NOTRE CITE
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:11

émancipée

Le Programme du Front National : Servir les riches sous couvert de populisme
Ces derniers mois ont été marqués par une multiplication des interviews et prises de positions du Front National. Cette banalisation de l’extrême droite à de quoi laisser perplexe. En Effet, au dire de son leader et des différents médias, le Front National serait devenu un parti comme un autre sur les champs politique, ne se référant plus aux thèses xénophobe et populistes.

Pourtant, au delà des paroles alléchantes : défense des salariés, lutter contre une « classe politique corrompue », sortir de la subordination aux instances internationales...il y a les véritables objectifs. En effet, le but de l’extrême droite est clair et le même qu’à sa création : diviser les travailleurs et le peuple pour mieux servir les riches.

Le programme de ce parti nous permet de voir sa vrai nature : « rétablissement de la peine de mort », « suppression du droit du sol » et du « regroupement familial » mais aussi « une loi cadre qui instaurera à terme l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro » soit une asphyxie des dépense publiques, ou encore mettre à bas la Sécurité Sociale en « Supprimant l’AME (Aide médicale d’état) »...

Suppression du droit à l’avortement : comeback au siècle des faiseuses d’anges !

Hier encore, lors d’une interview sur rue89 la candidate à la présidentielle s’en prenait au planning familial. En plaidant pour un déremboursement de l’IVG et la mise au pas le Planning familial, ce « centre d’incitation à l’avortement », « en lui donnant des instructions », c’est bien d’une santé à deux vitesses dont il est question. En effet dans le monde de Marine, les riches pourraient disposer de leurs corps puisqu’ils en auront les moyens, les pauvres quant à eux n’auront qu’à « assumer » ! La politique de « Préférence nationale » : Faire payer les immigrés plutôt que le patronat !

Idem sur sa politique de « préférence nationale ». Si elle se défend que cette politique soit « une sorte de mesure ethnique » c’est bien une vraie fausse solution qui nous est proposer. En effet, si elle constate que la pénurie de logement ou l’augmentation du chômage est un véritable problème, c’est sur les immigrés qu’elle fait peser la responsabilité. Or quand est-il des grandes entreprises qui cette année encore ont empoché des bénéfices record ? La solution ne serait-elle pas d’aller chercher l’argent là ou il existe au lieu de réduire toujours plus le nombre de personnes ayant accès aux droits les plus fondamentaux que sont ceux à la santé, à un emploi stable et à un logement décent ?

La France de la division, voila le programme du FN !

Une France des jeunes contre les personnes âgées, des immigrés contre les « vrais » français, des personnes ayant une « moralité » et celles n’assumant pas leurs actes, celles de l’ordre contre celle des délinquants...Pourtant derrière cette rhétorique bien huilée on essaye de nous faire oublier l’essentiel. Si il y a bien une division en France c’est celle qui existe entre ceux devant ramer toujours plus pour vivre, financer leurs études, subvenir a leur besoins, ceux de leur famille et ceux n’ayant aucun scrupule à s’en mettre pleins les poches sur notre dos. Rien a changé dans le programme du Front National et Marine est là pour défendre les siens : une caste de millionnaires et de grands patrons, moins d’impôts pour les riches et moins de droits pour les travailleurs voila son intérêt !

Le constat est clair : ce n’est pas le peuple que défend le FN, Parisot, Sarkozy et consors peuvent soufflés, le FN restera encore longtemps leur plus grand allié !

Par NOTRE CITE
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:06

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Développement humain dans le monde craquelé des crises. Qu’est-ce que la civilisation du 21ème siècle ?

lundi 19 décembre 2011, par Chantal Delmas

Rencontre internationale Frantz Fanon du 6 au 9 décembre 2011

Je souhaiterais dire d’où je parle : je fais partie de l’association Espaces Marx et du réseau européen Transform ! dont le but est de mettre en relation des militants progressistes de gauche et des chercheurs afin de construire une pensée progressiste alternative pouvant être partagée par le plus grand nombre. Je suis aussi membre actif du réseau international Frantz Fanon créé lors du Forum Social Mondial de Nairobi en 2006. Au titre de toutes ces associations, je suis très investie dans le mouvement altermondialiste qui est un lieu privilégié de rencontre et d’échange pour les individus et les peuples du nord et du sud. Je ferai donc souvent référence à ce mouvement altermondialiste.

Le titre de mon intervention

Développement humain dans le monde craquelé des crises. Qu’est-ce que la civilisation du 21ème siècle ? Bien entendu, je ne prétends pas répondre à cette question mais je vais essayer de donner des pistes, des chemins possibles à emprunter.

Je commencerai mon propos par ce qui, chez Fanon, reste très actuel, universel. C’est, à mon avis, son concept de désaliénation mentale appliquée, comme nous l’avons vu, à la sphère, à l’espace psychique, individuel mais qui opère un va et vient perpétuel entre l’individu et le sociétal et vice et versa.

Ce concept, parce qu’il parle de l’aliénation du colonisé et du colon, est double. Il est, par ces deux points de vue qu’il ne cesse d’interpeller, processus de libération pour le colonisé mais aussi pour le colon.

Ce processus de désaliénation, travail permanent de l’homme qui souhaite se libérer peut s’appliquer à tous les modes de domination : bien entendu, la domination coloniale mais aussi la domination du néolibéralisme, forme actuelle du capitalisme, ainsi que la domination patriarcale. Ce processus dynamique décrit par Fanon est à même d’enclencher, de créer les convergences dont nous avons besoin, en ce début du 21ème siècle, face à une crise de civilisation sans précédent remettant en cause la survie même de l’humanité tout entière.

Pour faire vite puisque ce n’est pas le centre de mon propos, que s’est-il passé du côté de l’occident et du côté des nations colonisées du tiers monde et/ou des peuples premiers en ce qui concerne leur capacité à créer de la libération par la désaliénation dont parle Fanon ? Ont-ils réussi ou non, si oui sur quel point, et que reste-t-il à accomplir ?

Du côté de l’occident, comme acte libérateur majeur et point de départ, il y a la révolution française, une révolution qui se voulait universaliste, avec comme slogan essentiel : liberté, égalité fraternité. Mais elle n’a pas remis en cause définitivement l’esclavage ; elle n’a pas intégré les femmes dans la vie économique sociale et politique. Un autre symbole de libération humaine fut la déclaration universelle des droits de l’Homme (1948) qui réactualisait les fondamentaux de la révolution française en donnant une dimension sociale plus importante au droit au travail, à la sécurité sociale sans résoudre pour autant la question du colonialisme et du droit des femmes. Ces deux questions furent occultées.

Du côté des luttes coloniales : un idéal tiers-mondiste, exprimé dans la conférence de Bandung en 1955 et dans la constitution des mouvements des non-alignés en1961 à Belgrade. Ce mouvement repose sur un projet magnifique avec quelques axes stratégiques : le développement économique des pays les plus pauvres, la fin des dominations politiques et des dépendances économiques, la renaissance culturelle et la paix dans le monde.

Les principes dits de Panchsheel : respect mutuel de l’intégrité du territoire et de la souveraineté de chacun, non-agression mutuelle, non-interférence mutuelle, égalité et bénéfices mutuels : coexistence pacifique. C’est un programme politique fondamentalement axé sur l’importance du désarmement, la souveraineté nationale, l’intégrité économique et la diversité culturelle.

Très rapidement, comme le pressentait Fanon, l’absence de révolution sociale ou au moins de modifications profondes des rapports de forces sociaux internes a eu pour conséquence la persistance d’une hiérarchie, sous diverses formes au sein de ces nouvelles nations.

« L’inculcation du sexisme, la stratification inégalitaire fondée sur le clan, la caste ou la tribu entravèrent le projet politique du tiers-monde ». Comme le disait Fanon, il faudrait, selon moi, y ajouter le peu de marge et d’indépendance qu’ont eu les bourgeoisies des pays du tiers-monde face au capitalisme occidental.

Ces contradictions ont empêché l’espérance de Fanon de se réaliser. Il affirmait en 1961 : « Le tiers-monde est aujourd’hui face à l’Europe comme une masse colossale dont le projet doit être d’essayer de résoudre les problèmes auxquels cette Europe n’a pu apporter de solution. »

Cependant les révolutions en Amérique latine et les révolutions arabes nous font penser que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Voici ce que disait Fanon dans « Pour la révolution africaine » : « L’Occident se prévaut aussi de sa supériorité humaniste. Le modèle occidental se trouve atteint dans son essence et dans sa finalité. Les jaunes, les arabes et les nègres aujourd’hui veulent dire leur projet, veulent affirmer leurs valeurs, veulent définir leur relation avec le monde. »

Ces deux traditions universalistes, l’une occidentale, l’autre tiers-mondiste défendant toutes les deux des principes universels se sont d’une certaine manière fossilisées, enfermées dans leurs contradictions, l’une par son défaut de la considération coloniale, l’autre par son défaut de la considération sociale, les deux ne prenant pas à bras le corps la question du patriarcat.

Outre ces lacunes des deux pensées libératrices du nord et du sud, quels dialogues, quelles convergences instaurer entre ces deux mondes face à la crise de civilisation que nous sommes en train de vivre et qui nous pose des défis de type démocratique, social et économique, politique, mais aussi écologique ? Je prendrai quatre aspects pour illustrer ces convergences possibles.

Premièrement le rapport au développement

Face à la crise profonde que traverse la société occidentale productiviste notamment par rapport à la survie de l’humanité face aux questions écologiques, les peuples premiers nous donnent certaines clés, par exemple avec le slogan de « la Terre Mère » qui, si, dans un premier temps, il peut apparaître mystique pour un occidental, n’en demeure pas moins un repositionnement de l’Humain sur la planète terre.

L’homme n’est plus alors le centre et le dominant de la nature, mais cherche plutôt à vivre en harmonie avec ce qu’elle peut produire. Ceci amène à une pensée moins productiviste, dans le domaine des sciences, des relations au travail, de la question de l’énergie... Ce concept de « Terre Mère » a pour correspondance, en occident, les remises en cause des critères traditionnels de richesse (PNB, PIB, notion insuffisante à laquelle il faut ajouter des indicateurs de développement humain pour évaluer le degré d’évolution d’une société, comme le souligne, notamment, Stieglitz). Ce dialogue a eu lieu lors du sommet de Cochabamba où les altermondialistes du nord et du sud étaient présents pour parler ensemble des problèmes de la planète et de la survie de l’être humain sur cette planète. Ce sommet souhaitait offrir une alternative progressiste au sommet de Copenhague sur les questions écologiques qui n’avait débouché sur rien de positif.

Deuxièmement, la question du commun

Le néolibéralisme, la privatisation et la financiarisation à outrance de l’ensemble de la société (concurrence libre et non faussée) d’un côté, les systèmes étatiques, de l’autre, amènent à penser le collectif autrement. Il n’est plus question uniquement d’étatisation : aujourd’hui, les États, nationalisent les pertes et privatisent les profits. L’échec du modèle soviétique ou tout était nationalisé sans droit réel des citoyens sur la finalité de la société favorise aussi cette recherche sur la question du commun.

Afin d’échapper à ce dilemme entre privatisation et étatisation, de nouvelles idées émergent sur la question des biens communs de l’humanité et plus largement des communs, de la démocratie économique comme processus démocratique, économique et social en mesure d’être maîtrisé par les peuples à travers les processus de fabrication mais aussi en maîtrisant leur finalité.

Les peuples premiers et ou colonisés ont de nombreuses expériences sur ces questions des communs, notamment par rapport aux terres qui n’étaient la propriété de personne, mais se géraient collectivement. De nombreuses tribus en Amérique mais aussi en Afrique exigent la fin de cet accaparement des terres par le néolibéralisme mondialisé. Ce fut une lutte centrale mise en avant lors des trois derniers forums sociaux mondiaux.

Ces deux aspects, l’alternative écologique et les communs, très présents chez les Peuples premiers m’amènent pour les illustrer à vous lire un passage du discours d’Evo Morales à l’ONU : « il y a des régions où les communautés vivent sans propriété privée. Il y a une propriété collective. Les peuples indigènes veulent seulement vivre bien, pas mieux que bien. Vivre mieux que bien c’est exploiter, c’est piller, c’est voler. Mais vivre bien, c’est la fraternité et c’est pourquoi il est très important pour les peuples indigènes que les Nations Unies approuvent, de façon urgente, cette déclaration pour les peuples indigènes, le droit aux ressources naturelles, le droit de s’occuper de l’environnement. Enfin les peuples indigènes, les pauvres viennent spécialement d’une culture de vie et non pas d’une culture de guerre et ce millénaire devra vraiment défendre la vie, sauver l’humanité et si nous voulons sauver l’humanité, nous avons obligation de sauver la planète. Les peuples indigènes vivent en harmonie avec mère nature et pas seulement en réciprocité, en solidarité avec les êtres humains. »

Troisième point : la question de la démocratie

Cela dépasse, bien entendu, le cadre des institutions de type occidental, de la démocratie parlementaire et délégataire. Il est à noter que le mouvement des Indignés en Europe a deux sources d’inspiration : du côté occidental, Stéphane Hessel, auteur entre autres de la déclaration universelles des droits de l’Homme, avec son livre « indignez vous », de l’autre, les révolutions arabes qui, elles aussi, sont au cœur des contradictions de la démocratie à l’occidentale qui se veut universelle mais qui encore une fois montre ses limites par ses positions néo-coloniales mais aussi par les inégalités, la précarité qui gangrène toutes les sociétés y compris l’intérieur des sociétés occidentales.

Les indignés réclament une démocratie directe fondée sur des principes altermondialistes, entre autres, le consensus. Cette notion de consensus pour gérer de manière plus démocratique la société n’est-elle pas la base du fonctionnement de nombreux peuples premiers ?

Quatrièmement, la question de la rupture

Du côté des peuples colonisés, on ressent une insuffisance très nette par rapport au modèle occidental dominant. Il y a volonté de rompre avec le néocolonialisme qui se traduit concrètement par des dépendances économiques les maintenant dans un statut de dominés. Une rupture profonde avec cet état de fait devient une exigence majeure.

Du côté de l’Occident, on constate une social démocratie qui accepte l’ensemble des plans d’austérité. Une rupture est nécessaire avec cette gauche d‘aménagement qui ne fait qu’aggraver la situation des populations face à la question de la dette, comme nous avons pu le voir notamment en Grèce avec le PASOK.

Faire vivre toutes ces convergences dans un processus de désaliénation du côté occidental et du côté des colonisés et/ou des peuples premiers n’aura pas lieu sans contradictions, ni sans incompréhension. De nombreuses pensées même transformatrices et progressistes se sont pour ainsi dire pétrifiées par le repli que nécessitaient la dureté, l’âpreté du colonialisme et du néo-colonialisme mais aussi par le repli des occidentaux face à un capitalisme qui précarise de plus en plus tous les aspect de leur vie et qui peut conduire à des replis identitaires dangereux.

On peut prendre pour exemples les formidables révolutions arabes qui semblent régresser lors des dernières élections ; la montée des extrémismes de droite en Europe face à une société qui précarise tous les secteurs de la vie. Le refuge dangereux du nationalisme et le rejet de l’étranger face à l’insécurité sociale constituent une hypothèse plausible.

La sortie de la crise de civilisation ne se fera par le haut que s’il y a dialogue, convergences entre ces deux pôles d’émancipation. Immanuel Wallerstein, parlant de la crise de civilisation et du rôle de la gauche transformatrice dans la résolution de cette crise, en vient à dire que la gauche indigène et la gauche de « tradition », la gauche sociale ne se rencontrent pas. Il faut trouver un moyen de réconcilier ces deux gauches. Si nous échouons, les sentiments nationaux, régionalistes domineront, nous irons vers des sociétés repliées sur elles-mêmes extrémistes de droite et populistes.

Il est grand temps que nous les peuples occidentaux et les peuples premiers et/ou colonisés rentrions activement dans ce processus de convergences pour faire émerger des formes de libération désoccidentalisée et réellement universelle. Ce chemin est la seule alternative pour éviter le chaos aujourd’hui et, dans ce cadre, la pensée de Fanon est une alliée précieuse.

Par NOTRE CITE
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:02

 

Portrait : Facteur en Ardèche
Facteur en Ardèche depuis plus de trente ans, Pascal Berthier fait partie de ces « petites mains » qui tissent le lien social au fil de leurs tournées. Un métier que menace la course à la rentabilité.

Il est huit heures du matin. Devant le centre de courrier de Lamastre, quelque 2 600 habitants dans le centre de l’Ardèche, les employés de La Poste raclent le givre sur les pare-brises de leurs Renault Kangoo : il a fait moins trois degrés pendant la nuit. A l’étage du bâtiment, factrices et facteurs boivent un café avant de partir en tournée : « Une centaine de kilomètres en moyenne », calcule Gil Raynaud, directeur du centre. Pour desservir les villages alentour, 22 « agents distributeurs », fonctionnaires et salariés de droit privé, prennent quotidiennement leurs véhicules. Pascal Berthier est de ceux-là. Embauché à La Poste en 1976, il avait 21 ans : « Au départ, je voulais reprendre l’exploitation agricole de mes parents. Puis un ami facteur m’a proposé de faire des remplacements pendant l’été à La Poste. Je suis rentré comme ça, un peu par hasard, en continuant à être paysan. »

« Le facteur, c’est la famille »

Il empile les caisses de courrier dans sa voiture - une trentaine de kilos chacune : « Aujourd’hui, ce n’est pas une tournée de danseuse ! », rigole-t-il. La charge s’explique par la présence importante, en début de semaine, de la publicité non adressée - la « PNA », ce sont 300 grammes de prospectus par foyer. A la sortie de Lamastre, le jour se lève sur les cerisiers cultivés en terrasse. Il est un peu plus de neuf heures. En pantoufles, une cliente descend les marches de son mas : « Vous avez un carnet de timbres, monsieur Berthier ? - Bien sûr ! » Le facteur n’a pas la monnaie : « Vous paierez demain, prenez le carnet ! - Mais si demain je n’ai pas de monnaie ? - Ce n’est pas grave ! » Pascal Berthier tend une cigarette roulée : « C’est du gris. » Le gris, c’est un peu le même principe que les caisses : pas un tabac de danseuse... Même si Pascal Berthier se défend de vouloir les offenser. Quelques kilomètres plus loin, Jacques Huart sort de chez lui. Ce trentenaire est en train de s’installer comme « hypnothérapeute ericksonien ». A ce titre, il reçoit force courriers. Et peste : « Cela devient n’importe quoi, les délais ne sont plus du tout tenus. Prenez ce colis que m’apporte Monsieur Berthier : il a deux jours de retard... » Cet Ardéchois est convaincu que ces dysfonctionnements incombent à la « privatisation qui arrive à grands pas » : « Le courrier, cela pourtant fait partie de nos droits élémentaires ! » La mairie de Boucieu-le-Roi, 284 habitants, reçoit elle aussi son lot de publicités non adressées. « Il y a trois ou quatre ans, la commune avait encore son bureau de poste, se souvient Bernadette Mourgues, première adjointe. La Poste nous a donné le choix entre la fermeture, le point-poste adossé à un commerce, ou la création d’une agence postale. » Mis devant le fait accompli, le conseil municipal a opté pour cette dernière, prise en charge par la communauté de communes. « Pour le village, c’est un grand changement causé par des questions de rentabilité », dit Nathalie Fourel, secrétaire de mairie. « Un changement total de société », renchérit Bernadette Mourgues : dans les années 1970, la commune comptait quatre écoles primaires. Il n’en reste plus qu’une, et elle est privée...

"Le métier va au-delà du courrier"

Cap sur le pavillon de Gérard Gonzalès. Livreur de pain en mi-temps thérapeutique, ce père de famille est ravi de voir Pascal Berthier : « Le facteur, c’est la famille. » Lui pense carrément qu’ « ils vont être supprimés » : « C’est terrible, pour des pays ruraux comme ici. Il y a beaucoup de personnes âgées qui se font apporter des petites choses, qui donnent leurs colis au facteur : le métier va au-delà du courrier. Le facteur rend des services. » Et de constater la disparition des bureaux de poste avoisinants : « Heureusement que je peux toujours me déplacer... Avec l’évolution de La Poste, il vaut mieux bien vieillir ! »Trente-trois ans de service, cela marque un conducteur : dans les chemins de terre les plus improbables, Pascal Berthier s’arrête à quelques centimètres des boîtes aux lettres, évite les poules et les chiens peu effrayés par la voiture. Annette Mounier a 88 ans. Agricultrice retraitée à Colombier-le-Vieux, elle se réjouit du passage quotidien du facteur qui lui livre Le Dauphiné Libéré : « Mon mari est handicapé, je ne vois quasiment personne. Alors j’aime beaucoup discuter avec monsieur Berthier, même si c’est pour une minute ou deux. Depuis le temps qu’on se connaît ! » Mais elle a peur qu’on supprime les facteurs : « On en parle, non ? »

« Je faisais la tournée à pieds »

Régis Deloche habite en bordure d’une route départementale. Jeune retraité, il était mécanicien à La Poste : « J’ai une pension beaucoup trop petite. Du coup, je suis chauffeur. » Il offre à Pascal Berthier quelques courgettes de son jardin. Les services publics ? « Ça ne veut plus rien dire. A quelques kilomètres d’ici, des arbres sont tombés sur une ligne téléphonique. Cela fait une semaine qu’ils y sont : personne ne vient. C’aurait été inimaginable il y a encore quelques années... » Régis Deloche en veut pour preuve la boîte de relevage du courrier implantée sur sa façade : elle sert aux habitants des hameaux alentour, très isolés. Pascal Berthier y relève quelques lettres par semaine. « J’ai averti La Poste que j’allais poser des volets pour ma fenêtre, et que la boîte aux lettres gênait. "Ce n’est pas grave, on l’enlèvera", m’a-t-on répondu, alors que j’avais proposé de la déplacer... Ca en dit long. »Il est 13h30. Pascal Berthier a fini sa journée de sept heures. « Quand j’ai commencé, j’avais 45 maisons. Je faisais la tournée à pieds. » En cette journée d’octobre, le facteur a livré quelques 190 foyers. Et de se souvenir qu’en 1976, un agent en 4L livrait les bureaux de poste de cinq communes, où travaillaient... 12 facteurs. Tous les bureaux ont fermé, remplacés par des agences, des points-postes... ou rien du tout. « Et ce n’est pas fini », analyse Pascal Berthier. On le parierait.

par Pierre Souchon
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 16:59

En France, chaque année, la grande distribution jette 600 000 tonnes de denrées alimentaires périssables comme l’attestent ce reportage dans un centre Leclerc et le secrétaire national de l’INDECOSA CGT. La LME (loi de modernisation de l’économie) y est pour beaucoup dans cette pratique.

 

ENTRETIEN

 

La Terre : Quelle est la tendance actuelle concernant la grande distribution et les associations caritatives ?

Arnaud Faucon, secrétaire de l’INDECOSA CGT :

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Auparavant, les produits encore consommables étaient facilement redistribué vers les associations caritatives. Or, aujourd’hui, cette règle devient de plus en plus facultative, en fonction du bon vouloir du gérant du supermarché ou de l’hypermarché. Il faut savoir que des enseignes comme Leclerc sont franchisées, affiliées à une maison mère. Vous avez désormais un chef d’entreprise qui gère son magasin, et qui agit comme bon lui semble. Alors beaucoup s’appuient sur les normes sanitaires et sécuritaires. Les fruits et légumes qui atteignent la limite de conservation sont imbibés de produits vaisselle plutôt que d’être redistribués. Mais, derrière cette sécurité sanitaire, se cachent des intérêts économiques.

De quels intérêts économiques parlez-vous ?

Tout le système français et européen est basé sur la concurrence. La solidarité, y compris par rapport à des produits carnés, n’entre pas dans ce créneau. Les produits qui arrivent en fin de course sont jetés, ce qui évite de les vendre à prix coûtant, et par conséquent, de maintenir le prix avec des marges conséquentes. Le plus flagrant dans ce gaspillage opéré par les grandes surfaces, c’est les prix des fruits et légumes. On maintient une marge extrêmement élevée, aux alentours de 51%. Et d’un autre côté, les primeurs sont achetées une bouchée de pain aux producteurs. Peu importes les cataclysmes économiques liés par exemple aux aléas climatiques. Dans la même logique, l’Europe voulait réduire l’allocation au programme d’aide alimentaire. Un sursis de deux ans a finalement été accordé, grâce à la montée au créneau des associations humanitaires. Aujourd’hui, c’est clair : le social est systématiquement apparenté à de l’assistanat.

Vous pensez que si la grande distribution n’opérait pas ces marges si importantes sur les prix, le gaspillage serait en partie évité ?

Oui. Actuellement, nous assistons à une surproduction de pommes. Comment pouvez-vous justifier le fait que les enseignes achètent ces pommes à des prix extrêmement bas et que ces mêmes produits se retrouvent dans les grandes surfaces à plus de deux euros le kilo ? Nous vivons une véritable dictature des centrales d’achat. On nous dit qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour. Bien. Mais quand vous êtes surendettée, que vous devez élever seule vos enfants, ce n’est pas votre achat prioritaire ! Les grandes surfaces, elles, préfèrent bazarder des tonnes de produits plutôt que d’instaurer des prix qui permettraient à tous d’acheter. Résultats : 600 000 tonnes de denrées alimentaires dites périssables sont ainsi jetées tous les ans.

Cette tendance ne fait qu’augmenter...

Bien sûr. Les centrales d’achats telles que nous les connaissons aujourd’hui sont nées il y a une cinquantaine d’années en Bretagne, avec le groupe Leclerc. Et la première de leurs actions a été de casser tout le système de marché de gros qui existait alors. Désormais, à part Rungis, tous ces marchés ont disparu. Leurs avantages étaient pourtant indéniables : vous aviez des productions locales, régionales qui arrivaient et étaient ensuite dispatchées avec des prix raisonnables. Aujourd’hui, 85% des ventes se font par les grandes surfaces qui font la pluie et le beau temps. Une hégémonie tellement puissante que dans les centrales d’achat, les enseignes rechignent ou refusent de donner des informations à l’Observatoire des prix et des marges. Les prix des fruits et légumes de l’Observatoire ne concernent alors que ceux des marchés de gros et comme il n’en existe que très peu...

Vous parlez également de revenir à la saisonnalité des produits, à la qualité. Selon vous, cela permettrait également d’éviter le gaspillage. Pourquoi ?

L’exemple le plus démonstratif est celui de la banane. Un kilo de banane est beaucoup moins cher que celui de la pomme, alors qu’il faut aller les chercher à des milliers de kilomètres. Ce ne sont pas des bananes des Antilles, mais d’Afrique. Là, on est peu regardant sur les méthodes de production, les pesticides employés. Les produits voyagent dans des conditions extrêmement discutables. Les bananes sont conservées dans des frigos elles ne sont pas mûres lorsqu’elles arrivent en France. On peut constater la même chose avec les nectarines : le fruit est dur lorsque vous l’acheter et lorsqu’il arrive à maturation, il pourrit tout de suite. Ces produits sont achetés dans des quantités considérables. Et les prix sont tellement bas que les grandes surfaces peuvent bien perdre la moitié de la marchandise, de toute façon, elles auront gagné de l’argent. Cette logique accorde très peu de valeur au produit que l’on vend. La nourriture n’est autre qu’une valeur commerciale avec un système concurrentiel, comme si on passait d’un contrat téléphonique à un autre. Alors que si vous agissez sur la qualité, forcément, les produits ne seront plus jetés comme aujourd’hui.

Que proposez-vous ?

Il faut une loi qui encadre réellement les produits et qui permette de ne plus gaspiller. Surtout, elle devrait retrouver un aspect moral. Nous participons au groupe de travail initié par le député André Chassaigne (PCF). Un groupe parlementaire réuni des représentants de la production, des associations de consommateurs. Nous réfléchissons aux moyens à mettre en œuvre afin d’amenuiser cette omniprésence de la grande distribution et la pression qu’elle exerce sur l’ensemble de la filière, du producteur au consommateur. Il faut inverser la tendance. Les enseignes suscitent les besoins du consommateur de manière artificielle. Les gens consomment des fraises en janvier car progressivement, on a fait entrer ce produit dans leur assiette. On conditionne la population. Il y a un aspect culturel indéniable. Il faudrait dès l’école avoir des discussions autour de cette problématique. Le laisser faire des pouvoirs publics sur cette question est extrêmement dangereux. Il engendre tous les gaspillages constatés aujourd’hui.

 

40% de la nourriture produite gaspillée

 

Selon un rapport pour l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Onuaa), 40% de la nourriture produite est gaspillée chaque année dans les pays développés. Des chiffres choquants lorsque l’on sait que 13% de la population mondiale ne mange pas à sa faim.

La quantité de nourriture produite mais non consommée dans le monde est trois fois plus importante que ce qu’il manque au milliard d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim. Ainsi, 40% de la nourriture produite dans les pays développés n’est jamais mangée par des humains. C’est ce que révèle dans son rapport l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Dans les pays riches, le gaspillage est essentiellement dû au circuit de distribution. Les distributeurs prennent peu de risque avec les dates de préemption, jettent ou refusent les produits qui ne sont pas visuellement parfaits - un poireau tout à fait consommable mais flétri devient un déchet - et imposent aux producteurs d’énormes marges sur les prix. Une politique qui a de lourdes conséquences (lire la rencontre page 5), visible du tout public lors de crises agricoles. Par exemple, pendant la crise du lait d’octobre 2009, des producteurs français et allemands ont déversé des centaines de litres de lait dans le Rhin afin de protester contre les prix fixés par la grande distribution, qui ne permettent pas d’amortir leurs coûts de production. D’énormes quantités de nourriture sont également perdues au cours des processus de transformation des aliments, lors de leur transport. Le gaspillage coûte 530 euros par an aux foyers anglais, 174 euros à ceux de Belgique. En Allemagne, deux millions de tonnes de denrées alimentaires par an sont jetées aux ordures. Pour Jean-Marc Willer, professeur à l’école nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg. « Le problème du gaspillage alimentaire est englobé dans celui des déchets fermentescibles. Et si l’on manque de données, c’est que la question des déchets fermentescibles se pose uniquement en aval, en non en amont. Les politiques publiques et les études réalisées ne cherchent par à savoir d’où proviennent ces déchets, mais plutôt ce qu’on en fait ». En d’autres termes, les pouvoirs publics ne veulent pas trop mettre leur nez dans un secteur orchestré par de puissants lobbyings. Ils préfèrent culpabiliser le consommateur en s’attardant sur le contenu de sa poubelle. Dans les pays les plus pauvres, une très grande quantité de nourriture est perdue avant même d’avoir pu être consommée. En fonction du type de culture, de 15 à 35% des produits alimentaires sont perdus directement dans le champ, 10 à 15% supplémentaires sont perdus au cours de leur transformation, du transport et du stockage. L’alimentation représente l’une des premières sources d’émission de gaz à effet de serre. Depuis la production jusqu’au traitement des déchets, le cycle de vie et la nourriture d’un Français représente en moyenne environ 20% du total de ses émissions quotidiennes.

par Nadège Dubessay
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